notre histoire

Celle qui a fait d’un égo trip une expérience

Tana Kim vient de dix ans d’ensembles que je cousais pour moi, puis de toiles peintes à la main par Michel Clouin, que nous avons fini par découper.

arrêtée

À la Halle Saint-Pierre

« C’est génial, ça vient d’où ? C’est vous qui le faites ? Où ça se trouve ? »

Je suis entrée dans le hall de la Halle Saint-Pierre, et la personne qui tenait l’accueil de la librairie s’est arrêtée. Elle a regardé, il y a eu un temps d’arrêt, puis elle m’a posé ces trois questions.

Je portais un de mes ensembles en tissu d’ameublement, une jupe trapèze et son sac. J’étais un peu fière, contente : ça se remarquait, et les regards n’étaient pas sur moi, mais sur ce que je portais.

Au musée aussi, j’aime regarder les gens qui regardent, ce temps suspendu où l’on ne peut pas faire autrement que s’arrêter, ces moments de grâce. Ce jour-là, rien ne s’est mis entre elle et l’ensemble, pas même un téléphone. Ensuite, nous avons parlé, et elle a eu envie de le porter.

167-40
Les mains de Nathalie qui assemblent la jupe
La toile peinte découpée et épinglée, avant l'assemblage

L’Égo trip 167-40

Pendant dix ans, je me suis confectionné des ensembles avec toujours le même patron, une jupe trapèze et son sac : 167-40, ce sont mes mesures. Je n’aime pas faire les magasins, je voulais que ce soit simple et efficace, et qu’il y ait quand même un style. Après des jupes trop compliquées, la forme trapèze s’est imposée, intemporelle, et elle va même en l’absence de taille marquée.

Je cousais dans du tissu d’ameublement chiné sur les marchés, en boutique, ou offert, épais et facile à travailler. Une centaine d’ensembles, portés avec des basiques unis : je choisissais ma couleur le matin. À la Halle Saint-Pierre, au Palais de Tokyo, dans une boulangerie, on m’arrêtait pour me demander d’où ils venaient.

2025

Tana Kim

C’est cette insistance qui m’a donné envie de partager l’Égo trip. J’ai créé Tana Kim, incubée à La Turbine, à Cergy-Pontoise, en janvier 2025 : « Ta » pour Tardif, « Na » pour Nathalie, et Kim, le nom de ma grand-mère paternelle. Le patron n’a pas changé, il est seulement décliné en sept tailles, du XXS au XXL.

Écriture à la main : Tana Kim
la toile de Jouy

Quand Michel Clouin a peint la toile

Un jour, je portais un ensemble en toile de Jouy, et Michel Clouin est intervenu dessus : il a colorisé une scène romantique à la peinture textile, et on a vu la toile de Jouy autrement. L’idée est venue en parlant, dans le prolongement de nos échanges.

Ensuite, il a peint une toile vierge, la vague d’Hokusai, qu’il a réinterprétée à sa façon. Depuis, Michel peint les toiles à la main, et je les confectionne.

« Mon travail oscille entre figuration et abstraction. Je peins le réel pour effleurer l’indicible, je caresse l’abstraction pour dire le vécu. »

Signature de Michel Clouin

Michel Clouin, plasticien · Découvrir son travail

La main de Michel qui peint les feuillages
L'atelier de Michel Clouin, une toile sur le chevalet
prélever

Le jour de la première transformation

Le Bono à Kervilio, nous l’aimions vraiment, et autour de nous, on nous disait qu’il était top. Le plus dur, c’était avant : se dire qu’on ne pourrait plus jamais le porter, qu’il n’avait pas assez vécu, et que, quelque part, on allait détruire une œuvre. Je revoyais encore les personnes qui l’avaient essayé, celles à qui il allait et celles à qui il n’allait pas. Mais il fallait prendre la décision, et y aller.

La jupe et le sac du Bono à Kervilio, troués, à côté des quatre fragments tendus sur châssis

Michel a commencé aux ciseaux, c’était galère, alors il a pris un cutter, presque plus violent encore dans l’incision du tissu. Une fois les fragments prélevés, l’ensemble était troué, et ça fait un peu mal. Ensuite, ce sont des gestes techniques : tendre les fragments sur les châssis, agrafer, faire des photos, ne pas se tromper.

Les quatre tableaux tendus sur châssis, prélevés dans Le Bono à Kervilio

Et puis, une fois les cadres faits, on voit l’œuvre qui se régénère. Elle se renouvelle, en phase avec nous, avec la nature : c’est une œuvre perpétuelle. Les quatre petits tableaux ont trouvé une nouvelle place dans notre quotidien, nous les avons exposés, et il y a une nouvelle relation avec eux. Quand nous les regardons, nous pensons encore à l’ensemble d’avant et à son histoire, mais de nouvelles histoires commencent, et on ne fait pas ses courses dans le passé : on avance. La transformation et les traces du temps font partie de l’œuvre, sans la résumer.

Michel Clouin dessine à la peinture noire sur la toile vierge rapiécée
La cinquième œuvre : la jupe et le sac rapiécés d'une toile vierge, sur laquelle Michel Clouin a dessiné à l'acrylique noire

porter encore

J’ai rapiécé ce qui restait d’une toile vierge, et Michel est revenu dessiner dessus à la peinture textile noire, en réinterprétant l’image du début. C’est la cinquième œuvre, et elle peut encore se porter.

le temps d’arrêt

Le temps d’arrêt

« L’œuvre est un médium, et aussi un prétexte pour renouer l’humanité. »

Ce que je cherche, ce sont ces regards : une personne qu’on ne connaissait pas, et tout à coup, un lien qui se crée. Je ne dis pas que c’est beau, c’est de l’ordre du sensible : on aime, on s’arrête.

Porter une œuvre, c’est aussi une expérience à vivre pour la personne qui la porte.

Ceux qui nous encouragent

Élisabeth et Gérard Garouste ont découvert nos œuvres et nous encouragent. Michel préside La Source Garouste – Villarceaux, l’association qu’ils ont fondée pour l’expression artistique des enfants et des jeunes en fragilité. En novembre 2026, la série Paysages est montrée pour la première fois à l’exposition Art Textile du salon Créations & savoir-faire.

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